Association pour la découverte et la promotion du patrimoine de St Pierre

La guerre vue par un enfant, témoignage d’Yves LE LAN

1940 Yves Le Lan

Extrait de l'article

Yves Le Lan né en 1930 à Kerdavid, était enfant à St Pierre Quiberon pendant la guerre. Il se souvient de l'école, de la nourriture et d'anecdotes pendant cette période de l'Occupation.

Participants à la rédaction de cet article

Entretien réalisé par Gaël Le Bourgès et Anne Affagard en 2021 à la création de KER1856
Trois petits articles publiés en 2021 ont été compilés et enrichis de nouvelles informations d’Yves Le Lan. Réalisé par Françoise Pichon
Sur la photo Yves Le Lan en 1940 avec sa bicyclette, il avait 10 ans.

Copie des images et textes interdite sans l'autorisation de KER1856

1940 Yves Le Lan

Extrait de l'article

Yves Le Lan né en 1930 à Kerdavid, était enfant à St Pierre Quiberon pendant la guerre. Il se souvient de l'école, de la nourriture et d'anecdotes pendant cette période de l'Occupation.

Participants à la rédaction de cet article

Entretien réalisé par Gaël Le Bourgès et Anne Affagard en 2021 à la création de KER1856
Trois petits articles publiés en 2021 ont été compilés et enrichis de nouvelles informations d’Yves Le Lan. Réalisé par Françoise Pichon
Sur la photo Yves Le Lan en 1940 avec sa bicyclette, il avait 10 ans.

Copie des images et textes interdite sans l'autorisation de KER1856

Le 25 janvier 1938, s’est produit un événement peu commun, qui emplit les Saint-Pierrois de stupeur et put sembler l’annonce des heures sombres qu’ils allaient vivre.

Le ciel est resté rouge une bonne partie de la nuit, les Saint-Pierrois n’avaient jamais vu un tel phénomène ; les gens du Kerdavid y ont vu un signe de la fin du monde. Plusieurs mois plus tard commençait la Seconde Guerre mondiale. C’était une aurore boréale, avérée par d’anciens témoignages de différentes époques dans toute la France 

NDRL de nombreux articles sur internet témoignent de cet événement exceptionnel dont celui de Gloubik sciences (photo ci dessous) 

Lien sur l'article de Gloubik sciences aurore boréale du 25 janvier 1938.
Aurore Boreale fevrier 2023
Lien article du télégramme photo faite le 27 février 2023 par BK photographies à Brest

Avant l’arrivée des Allemands, la population décida de jeter à la mer la poudre stockée dans les Forts Neuf et Penthièvre ; il y a eu deux zones de destruction de poudre : au port d’Orange et au fort de Penthièvre. Au Port d’Orange, des camions jetaient la poudre par plaques entières qui ont coulé, on en retrouve encore de nos jours sous forme de petites baguettes brunes. Au Fort Penthièvre, l’opération s’est plus mal passée : la poudre jetée du haut du Fort s’accumula sur les rochers en contrebas, et elle finit par exploser, créant une énorme boule de feu. L’homme qui la jetait disparut dans l’explosion, on n’a retrouvé que sa ceinture de flanelle !

A Lorient aussi les habitants ont détruit les combustibles avant l’arrivée des Allemands ; on pouvait voir les flammes depuis le calvaire du Roch.

NDLR : En juin 1940, les militaires français de Fort Neuf et Fort Penthièvre, rassemblés à Port Haliguen, sont transférés par des bateaux de pêche vers le paquebot De Grasse, ancré dans la baie, pour être conduits en Angleterre.

Baton de poudre

L'Occupation

Les Allemands sont arrivés dès fin 1939 sur la Presqu’Île et ils y sont restés pour la plupart une année après la Libération. Le Bégo a été bloqué à partir de 1944.
Dans beaucoup d’endroits il y a eu un exode pour échapper à l’Occupation, mais sur la Presqu’Île, presque personne n’est parti.

La nourriture

Au début nous n’avions pas de problèmes de privation alimentaire, les champs étaient cultivés, les pêcheurs continuaient à aller en mer.

Il y avait un cochon dans toutes les familles, dans le « cluche ». Acheté vers mars, le cochon était tué en octobre ; on l’achetait soit à la famille PLUNIAN, soit à la famille LE QUELLEC. La concurrence était rude entre elles.

Les familles ne tuaient pas toutes en même temps leur cochon pour que chacune ait un morceau de viande fraîche, bien meilleure que le lard du charnier. Les boyaux étaient lavés à l’eau de mer, à la côte, et servaient à faire des saucisses et des andouilles de couenne, mises à sécher sur la barre de la cheminée pour être fumées.

On mangeait aussi des « gorlazeaux » , sortes de petites vieilles qu’on enfilait par les yeux sur un fil de fer et qu’on séchait dans le grenier.

la cluche a cochon
Le cluche à cochon

La plupart des familles cultivaient les champs pour avoir des pommes de terre, base de l’alimentation. On mangeait aussi les fruits qui poussaient dans les jardins : pommes, figues.

Ma grand-mère nous faisait un ragoût sans viande, avec des berniques. Elle faisait un roux avec de la farine et mélangeait pommes de terre et berniques, c’était bon et nourrissant.

Ma grand- mère avait une « demi-vache » et avait donc droit à un « demi-veau. »

Ce qui nous manquait le plus, c’était le beurre. Pour en avoir il fallait faire du troc, ou trouver des produits de remplacement. Par exemple, ma mère faisait fondre du foie de requin pèlerin pour en recueillir l’huile ; elle avait un goût de poisson très fort, on jetait le produit de la première cuisson, et on pouvait utiliser le second bain de cuisson comme du beurre.

Quand la viande a manqué, on a consommé du requin pèlerin. Une fois les pêcheurs du coin en avaient stocké un gros sur le quai de Port d’Orange pour la nuit, mais au petit matin la bête avait disparu, on n’a jamais su qui l’avait volée.

Ragout de berniques
Ragout de Berniques
Gorlazeau , nom donné à un petit poisson type de " vieille "
Huile de foie de requin
Huile de foie de requin devenue à la mode...

Pour avoir du beurre, j’allais par le train de cinq heures du matin, celui des ouvriers pour la base de Lorient, jusqu’à Landaul. Je continuais à pied jusqu’à Mendon où ma mère avait une amie institutrice. Contre cent ou deux cents grammes de beurre et quelques œufs, ma mère échangeait des vêtements devenus trop petits pour nous. Je faisais le retour par le train Mendon-Auray, et  je voyageais sans ticket.

Un jour, un marsouin s’est échoué sur la plage de Kermahé. Le père JEGAT, un ancien boucher, a coupé sa tête pour en faire « un pâté de tête de marsouin » ; tout le monde a essayé d’avoir un bout de l’animal, mais, de l’avis général sa chair n’était pas très bonne.

Certains bateaux de pêche avaient le droit de sortir en mer, avec un drapeau tricolore peint sur la coque, afin d’être reconnus. Les Allemands comptaient le nombre de personnes à bord au départ et au retour ; certains ont profité de l’occasion pour passer en Angleterre et d’autres pour en revenir, le nombre de marins étaient le même, les personnes n’étaient pas les mêmes.

Quand le thonier de Raphaël LE GUEN revenait de pêche, sa femme Maria, née PLUNIAN, installait sa table, sa chaise, sa caisse, et vendait directement le thon aux Saint-Pierrois qui le mettaient en conserve pour leur consommation. Les merlans, eux étaient salés « Tachen Le LAN, tachen merlan ».

Plus la guerre durait, plus il était difficile de se nourrir, surtout que les Allemands s’étaient mis à nous réquisitionner, ayant aussi des difficultés d’approvisionnement, surtout pendant la « poche ».

La vie des enfants, l’école

Les Allemands s’étaient installés dans l’école publique, rue de la Gare (NDLR actuelle rue Clémenceau), avec des charrettes, des chevaux (ils en avaient réquisitionné), ils avaient transformé le préau en forge ; ce n’était plus possible d’y faire classe. Les cours ont été transférés dans la propriété des DENIS, au-dessus de la plage de Kermahé ; il y avait deux classes et la récréation se passait sur la plage à la grande joie des enfants.

ecole pendant la guerre
L'école à Kermahé
1942 Yves Le Lan
1942 Communion d'Yves Le LAN (en costume cravate) - Jean-Michel KERVADEC au milieu en bas

Comme l’Occupation limitait les possibilités d’étude sur la Presqu’Île, il fut créé une École Maritime, aux Pilotins, à Quiberon.

NDLR : plusieurs écoles maritimes ont été créées dans le Morbihan par circulaire du 31 mai 1941 : à Quiberon, Etel et Groix, En 1951 il y avait encore soixante-dix-sept élèves à Quiberon ; elles ont fermé progressivement, sauf celle d’Etel qui est devenue Lycée Professionnel en 1995.

L’école, qui formait des jeunes de quatorze-quinze ans était gérée par le père de Gaby VOLE (NDLR: Gaby VOLE  a créé et dirigé le magasin « La Patelle » à Saint-Pierre, son père avait fait sa carrière en qualité de capitaine au long cours pour le commerce).

Pierre MADEC y était prof, le professeur de charpente et travail du bois était M. BRAZIDEC, pour le travail du métal c’était M.DUIK, tous anciens de la Marine ; les études étaient surtout manuelles mais il y avait aussi du français et des maths.

Il y avait des entraînements en mer sur une baleinière au large de Quiberon, les jeunes mousses partaient à la rame jusqu’à une grande bouée. Il y avait aussi des cours pour devenir patron à la pêche pour les plus âgés. (NDLR en Français on dit patron de pêche mais en langage breton patron à la pêche.)

J‘allais à l’école à pieds en sabots. On montait en cachette dans le train qui transportait les Allemands, mais le train arrivait une heure avant le début des cours. On chahutait en attendant et le chef de gare nous a repérés, fini le transport gratuit.

Un jour, en fin d’année 1942 – j‘avais treize ans – on allait tous à pied à l’école, cueillant au passage les copains de classe ; il avait beaucoup neigé cette nuit-là et bien sûr cela nous amusait beaucoup. Nous avons eu l’idée de faire une petite boule de neige au départ de Saint-Pierre; nous la faisions glisser chacun à notre tour, elle grossissait et ça nous faisait rire. On oublie le froid quand on s’amuse. Arrivés au Parco, la boule faisait plus d’un mètre de diamètre, nous n’arrivions plus à la bouger. Elle est restée au milieu de la route et nous sommes partis en courant pour ne pas être en retard. Notre jeu n’a pas amusé tout le monde, un camion allemand a été bloqué par notre belle boule. Dans la matinée, la gendarmerie allemande a débarqué dans notre classe pour trouver les coupables. Nous nous sommes dénoncés, nous avons eu droit à une leçon de morale et nous avons dû déplacer la boule !

La fin de la guerre

En 1942-1943, les “ Russes ” sont partis sur le front. Les Allemands les plus âgés sont restés sur place, aux postes de douaniers : ils contrôlaient les bateaux de pêche.

En 1944/45, pendant la Poche, il y avait des combats et des blessés. Ils étaient soignés à Saint-Pierre, dans une villa qui était l’annexe de la villa Mount Holyoke des demoiselles LAURENT, là où est maintenant l’Hôtel de la Plage.

Il y avait un chirurgien allemand. J’y ai été soigné. Je me souviens de deux malades : l’un était Jacques THOMAS, qui a été longtemps cordonnier rue Marthe Delpirou, l’autre était allemand et s’appelait aussi THOMAS. Tous deux avaient eu une jambe coupée, mais pas la même. Ils échangèrent leurs chaussures, denrée rare à l’époque, pour avoir chacun deux paires adaptées à leurs pieds restants.

Hopital pendant la guerre
L'annexe de la villa Mount Holyoke, l'actuel Hôtel de la plage

A la veille de la Libération, les bruits de fin de guerre couraient vite, les soldats français avaient récupéré le site du Bégo. Le gens du pays avaient organisé, avant même la déclaration de paix officielle un bal au ROZ AVEL chez LESCOUËT, et l’accordéoniste était un Allemand !

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